Qu’est-ce un deuil ?

William Bouguereau, Premier deuil, 1888 (Musée national des beaux-arts d'Argentine). Source : Wikipédia
William Bouguereau, Premier deuil, 1888 (Musée national des beaux-arts d’Argentine). Source : Wikipédia

Les réactions face au deuil

Le deuil est une expérience variable dans le temps et unique à chaque personne face à la perte d’un être cher. Le temps nécessaire pour vivre cette expérience et l’intensité de celle-ci varient selon le type de relation qu’avait l’endeuillé avec le défunt. Les circonstances du décès constituent également un facteur variable qui affectera la durée et l’intensité du deuil. Les réactions les plus fréquentes, selon la littérature, sont les effets émotionnels et psychologiques. Il arrive parfois que des réactions physiques se manifestent lors d’un deuil. Les réactions peuvent perturber la vie courante et engendrer des difficultés d’ordres psychologiques, cognitifs et relationnels. Les endeuillés doivent parfois composer avec des sentiments envahissants de culpabilité et de honte, parfois même de colère vis-à-vis cette perte. Les conflits non résolus sont souvent associés à ce type de sentiments. Afin d’éviter que l’expérience du deuil ne se métamorphose en manifestation pathologique et qu’elle ne précipite l’endeuillé vers une dépression majeure ou vers le suicide, celui-ci devra faire appel à ses aptitudes de résilience.

Étant donné que le deuil n’est pas un phénomène observable, mesurable ni quantifiable, il est impossible de savoir à quelle étape du processus de deuil se trouve la personne qui le vit. Selon Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre et psychologue, pionnière de l’approche des « soins palliatifs » pour les personnes en fin de vie, selon ses travaux, il y aurait 5 étapes du processus du deuil, et ce, à toutes formes de pertes catastrophiques. (1.le déni ou le choc, 2. la colère, 3. le marchandage ou la négociation, 4. la dépression et enfin 5. l’acceptation) 

Tableau des cinq phases du deuil selon Elisabeth Kübler-Ross (1969)
Tableau des cinq phases du deuil selon Elisabeth Kübler-Ross (1969)

Il est utile de tenir compte des témoignages qui soutiennent presque unanimement l’idée selon laquelle le deuil est un phénomène universel mais vécu de façon unique par chacun et ce, sans échéancier préétabli. Cela dit, ayant vécu des pertes récentes et l’expérience, il est vrai qu’il est ardu de savoir comment aider adéquatement une personne en processus de deuil. Pas plus, d’ailleurs, qu’il n’est aisé de savoir comment bien agir et comment se comporter face à la personne endeuillée. Il n’y a pas d’instruction facilitant la communication entre l’endeuillé et son entourage. Je crois, à mon humble avis, que la meilleure expression d’aide est d’offrir une présence positive, d’offrir son soutien durable et d’oser se manifester.

L’une des plus grandes menaces planant sur une personne en processus de deuil est l’isolement. Dès lors, il est de la responsabilité de chacun de briser le cercle de l’isolement, de ne pas éviter les personnes qui vivent un deuil puisque ce type de comportement ne contribue pas à résorber la douleur vécue par la personne.

Devant ce constat, il m’apparait clair que la principale difficulté que j’envisage pour bien intervenir face à l’endeuillé, est de développer un sens accru d’écoute, une capacité d’accueil des émotions provenant de la personne vivant ce deuil. Rien d’évident ici, car les émotions de l’un peuvent toujours entrechoquer mes émotions et faire resurgir, en moi-même, mes propres deuils.

Petite réflexion, comment vivez-vous vos propres pertes ? Comment abordez-vous les endeuillés autour de vous ?

Lisa Boucher

– Extrait d’un travail universitaire remis à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval en 2010 dans le cadre du cours – Intervention auprès du mourant.

 

Qu’est-ce mourir ?

Qu’est-ce mourir ?

J’ai perdu ma mère, Paula le 14 mars 2015, ainsi que ma grand-mère, Rose-Hélène, le 7 août 2015. Deux femmes fortes, courageuses, modèles d’exception en matière de résilience face à l’épreuve et l’adversité. Les femmes les plus importantes dans ma vie. Elles avaient toutes deux une grande joie de vivre et aimaient la vie dans sa totalité. L’une d’elles, trop jeune à l’âge de 69 ans, affligés par une maladie rénale et gréffée d’un rein depuis plus de 30 ans, et l’autre trop vite et sans avertissement, à l’âge de 84 ans.

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Bertrand Boucher et Rose-Hélène Poulin, le jour de leur mariage en 1955
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Lisa Boucher (moi), Paula Roy et Luc Boucher à Old Orchard Beach, Maine en 1985

Voici ma réflexion, lors de ma lecture du texte Qu’est-ce mourir ? Face à l’autre qui va mourir par Emmanuel Hirsch, ce qui m’a le plus interpellée est la solidarité humaine démontrée dans le domaine de la santé, plus particulièrement en soins palliatifs.

La mort est un chemin très solitaire et surtout inconnu. Face à la mortalité, l’individu est sujet à se poser de grandes questions : comment, où et quand la mort surviendra. Lorsqu’ils en ont le temps et la capacité, les mourants se lanceront presque inéluctablement dans un exercice de bilan de vie. Cela dit, donner un sens à sa propre vie est essentiel pour passer à travers les deuils multiples engendrés par la maladie ou bien l’hospitalisation. Évidemment, chacun a sa propre façon de réagir face à sa mort. Inévitablement, elle fait partie de la vie. L’essor des soins palliatifs, selon l’auteur, est au diapason avec les besoins de la société moderne. La solidarité exemplaire démontrée par les professionnels du secteur des soins palliatifs mérite d’être soulignée.

Il est évident que de grandes questions philosophiques et éthiques qui y sont rattachées. Pourquoi se meurt-on ? Qu’existe-t-il après la mort du corps ? L’individu, fragilisé et mourant ne veut mourir seul, isolé dans un coin. Il mérite de demeurer aux yeux de ses proches et des professionnels de la santé, un être humain jusqu’à la fin. Cette personne revendique le droit de mourir dignement, respectée. Les limites de la médecine moderne ont été repoussées à une vitesse vertigineuse dans les dernières décennies, mais elles ne peuvent contrer la mort. Le système de santé devrait tout mettre en œuvre afin d’accueillir le malade en fin de vie en favorisant la solidarité, la chaleur, le confort, la dignité et le respect.

Ayant accompagné un proche mourant d’un cancer, les principaux défis pour les proches consistent à aimer, à rester humble et à l’écoute mais surtout, demeurer solidaire. Recevoir et accepter ce moment intime est un moment marquant, mélangé de douleur et de soulagement. C’est à mon avis, un grand privilège ; un moment de partage sur la vie, le parcours unique de chacun et bien davantage, une leçon de résilience face à l’inéluctable finalité. Accompagner en offrant son écoute, sa disponibilité et son humanité devient primordial pour le mourant afin de préserver sa dignité et aussi pour transmettre ses dernières volontés.

En mars 2015, j’ai accompagné ma mère en soins palliatifs, à Beauceville, dans ses derniers moments. Elle s’est battue pour sa survie physique pendant plus de 30 ans. Elle s’est choisie. Elle m’a dit avec confiance, souplesse et avec le sourire, deux semaines avant son décès en Beauceron : « Les médicaments antirejets ça suffit ! Je n’ai plus de qualité de vie ! Je suis prête et je n’ai pas peur. » Je l’ai vécu dans l’acceptation, dans l’amour inconditionnel et surtout le respect. Un moment unique et éternel s’est gravé dans mon esprit. J’ai vécu son dernier souffle. Nous étions ensemble, tous les deux dans sa chambre pour la dernière fois. Je lui tenu la main jusqu’au bout, caressé ses cheveux, chuchoté dans son oreille comment je l’aime et qu’elle pouvait partir. Le dernier moment mère-fille, un moment inoubliable et privilégié. Quelles belles preuves de confiance et d’amour ! Reposez en paix maman et grand-maman, vous les avez mérités vos ailes ! Vous m’aviez donné des cadeaux inestimables, ceux de l’amour inconditionnel et surtout celui de la résilience. Boris Cyrulnik, psychiatre et psychanalyste français, membre du comité d’honneur de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), résume bien ce principe de résilience : “La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents.”

Pour conclure, cette expérience m’a fait voyager dans mes souvenirs de 2008, de mon séjour au Japon et également mes écrits et notes de cours universitaire à la faculté de Théologie et sciences religieuses de l’Université Laval de 2010, Intervention auprès du mourant. C’est au Japon que mon éveil à la spiritualité orientale s’est entamé, que j’ai découvert l’acceptation de la mort et de l’immortalité de l’âme. Le Bouddhisme m’en a appris beaucoup sur le samsara, le karma et le principe de la réincarnation. Par le biais de cette expérience personnelle, j’ai pu mettre en pratique quelques théories. C’était très très éprouvant et à la fois très enrichissant !

En terminant, quelques réflexions…la mort fait partie de la vie, et la mort, n’est-ce pas commencer une nouvelle vie ailleurs ? N’est-ce pas une naissance dans l’au-delà ? Ne nous somme pas tous des âmes éternelles ? Qu’est-ce mourir ? Qu’est-ce la mort ? Une finalité ou une naissance ?

On va où selon vous ?

Lisa Boucher

Mystérieux et magnifiquement beau papillon bleu sur ma cuisse au milieu du Centre-Ville de Montréal ! septembre 2015
Mystérieux et magnifiquement beau papillon bleu sur ma cuisse au milieu du Centre-Ville de Montréal ! septembre 2015